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Chérif Haïdara reçoit à la table d’un restaurant chinois aux dimensions de salle des fêtes, pas loin de la mairie d’Aubervilliers, en région parisienne. C’est sa cantine. Ses deux téléphones posés sur la table, Chérif, 29 ans, passe commande dans un mandarin fluide, affichant l’air affable mais sérieux d’un fils de diplomate.
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Bien implanté dans l’univers d’Aubervilliers où il jongle au quotidien avec quelque 400 fournisseurs et au moins autant de produits venus de Chine, le jeune entrepreneur aurait très bien pu ne jamais sortir de l’import-export et de son train-train rentable.
Mais la volonté de Chérif Haïdara de « faire une transition » remonte à loin. « Beaucoup restent en Europe. Je me suis toujours dit que je retournerais dans mon pays un jour, que je ferais quelque chose », annonce-t-il sans affect.
Des lampes solaires 100 % écologiques
L’idée à l’origine d’Afrika Solar lui vient il y a quelques années, pendant ses études de commerce en région parisienne. Partant du constat que de plus en plus de Maliens vont en Chine avec pour ambition de s’essayer aux affaires, Chérif Haïdara lance Afrikasia, une association basée à Aubervilliers.
Il espère ainsi préparer les Maliens à se confronter à cette culture qu’il a pratiquée, lui, pendant ses années au lycée français de Pékin. Et aussi, pourquoi s’en cacher, de créer un réseau. L’association organise des conférences. Dans une ville où, selon Chérif Haïdara, « les communautés chinoise et africaine ne s’entendent pas toujours très bien », elles sont autant d’occasions de souligner les échanges « gagnant-gagnant » possibles entre les deux continents.
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L’une de ces conférences est consacrée aux énergies renouvelables. C’est le déclic. Le jeune entrepreneur a l’idée de créer des lampes solaires 100 % écologiques, réalisées à partir d’éléments recyclés, avec une batterie qui stocke l’énergie et évite aux utilisateurs d’acheter de l’essence. Un produit non seulement coûteux mais à l’origine de nombreux incendies domestiques.
Au Mali, le taux d’électrification est de 55 % dans les zones urbaines, et de 15 % seulement dans les zones rurales, une moyenne inférieure à celle de la région. Alors que le pays bénéficie d’un des potentiels solaires les plus élevés au monde, grâce à ses 7 à 10 heures d’ensoleillement quotidien en moyenne, le taux d’énergie solaire dans le mix énergétique national était de… 0 % en 2012.
Un produit artisanal et local
Aujourd’hui, il a atteint 3,1 % et devrait s’acheminer vers les 4 % d’ici à 2020. L’opportunité de faire des affaires est belle. C’est d’ailleurs l’analyse de Chérif Haïdara : « Le marché est vierge. » Pour prendre de l’avance, il mise sur la valeur ajoutée d’un produit à la fois artisanal et local. Il en est convaincu : « Le nerf de la guerre va se jouer sur le “made in Africa”. Même les Chinois commencent à vouloir fabriquer en Afrique. »
D’un grand sac, Chérif extrait deux modèles de lampes, l’une, de fabrication chinoise, en plastique injecté, l’autre, le modèle Waka Waka de sa marque Afrika Solar. Les deux sont destinées à un usage individuel et peuvent éclairer une pièce de 30 à 40 mètres carrés.
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Mais la première, qui se présente sous la forme d’une seule pièce de plastique, a le défaut de ne pas être réparable. Le modèle Waka Waka, composé d’un modeste pot à cornichons, d’un socle en bambou et d’un panneau solaire, permet, lui, d’être réutilisé. L’autonomie est de quatre à seize heures selon les modèles, et le coût varie entre 6 500 francs CFA (environ 10 euros) et 26 000 francs CFA.
« Au départ, je les faisais fabriquer en Chine, se souvient Chérif Haïdara. Mais, aujourd’hui, l’objectif est de produire quelque chose que, nous, les Africains, pourrons faire nous-mêmes. » La production, en 2016, est de quelques milliers de lampes. Elle sera peut-être la même cette année. Pour lui, l’objectif ne consiste pas tant à doubler la production qu’à stabiliser l’activité, dans laquelle il a investi 35 millions de francs CFA (environ 53 000 euros).

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